Moun ki fè l’Ewop – La Martinique à Bruxelles
Moun ki fè l’Ewop – La Martinique à Bruxelles

Moun ki fè l’Ewop – La Martinique à Bruxelles

La Martinique à Bruxelles : porter la voix et les intérêts d’une région ultrapériphérique 

Le lundi 9 février 2026, le Centre Europe Direct Antilles-Guyane, en partenariat avec Radio Fréquence Caraïbe, proposait une nouvelle édition de son émission mensuelle Moun ki fè l’Ewop.

Cette émission était consacrée aux relations entre la Martinique et l’Union européenne, à un moment charnière pour les Régions ultrapériphériques (RUP), alors que se prépare le futur budget européen et que plusieurs réformes majeures sont en discussion à Bruxelles.

Pour décrypter ces enjeux, l’émission recevait Manuel Pamphile, Chargé des Affaires européennes et nationales à la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), représentant du territoire à Paris et à Bruxelles.

Défendre les intérêts de la Martinique au niveau national et européen

Au cœur de l’échange : le rôle de représentation et de défense des intérêts du territoire auprès des institutions françaises et européennes.

Concrètement, cette mission consiste à veiller à ce que les décisions prises à Paris ou à Bruxelles tiennent compte des spécificités martiniquaises. Cela implique un travail quotidien de sensibilisation, de pédagogie et de dialogue avec le Gouvernement, les parlementaires, la Commission européenne, le Parlement européen ou encore les autres Régions ultrapériphériques.

Un enjeu d’autant plus important que la Martinique, en tant que RUP, présente des caractéristiques particulières : éloignement géographique, insularité, dépendance aux importations, exposition accrue aux risques naturels, tissu économique fragile.

L’article 349 du TFUE : un fondement juridique essentiel

L’émission est revenue sur un pilier juridique fondamental : l’article 349 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE).

Cet article reconnaît explicitement les contraintes structurelles permanentes des Régions ultrapériphériques et permet d’adapter les politiques européennes à leurs réalités. Il constitue ainsi le fondement juridique des mesures spécifiques dont bénéficient les RUP, notamment en matière agricole, fiscale ou douanière.

Mais comme l’a rappelé l’invité, cette reconnaissance nécessite un combat permanent : chaque nouvelle réglementation européenne doit intégrer ce « réflexe RUP », afin d’éviter des dispositifs pensés pour le continent qui pourraient fragiliser les économies ultramarines.

Le futur budget européen : un enjeu stratégique pour le territoire

L’Union européenne prépare actuellement son prochain Cadre Financier Pluriannuel, qui définira les priorités budgétaires pour les années à venir.

Pour la Martinique, l’enjeu est majeur. Sur la période 2021-2027, le territoire bénéficie d’environ 700 millions d’euros de fonds européens, via des programmes tels que le FEDER, le FSE+ ou le POSEI pour l’agriculture.

Dans le cadre des négociations en cours, la Martinique défend notamment :

  • Le maintien et la sécurisation des financements agricoles (notamment le POSEI),
  • La pérennisation des fonds de cohésion,
  • Le soutien aux programmes de coopération régionale comme Interreg,
  • Le financement de la transition énergétique et de l’adaptation au changement climatique.

L’objectif : garantir des moyens à la hauteur des défis structurels du territoire.

Accès aux fonds européens : dépasser les idées reçues

L’émission a également abordé la question, souvent débattue, de la mobilisation des fonds européens. Si les dispositifs peuvent apparaître complexes, la Collectivité Territoriale de Martinique a engagé un important travail de réorganisation et de simplification interne pour améliorer l’accompagnement des porteurs de projets et éviter tout « dégagement d’office » (perte de fonds non consommés).

L’invité a souligné l’importance non pas de « consommer pour consommer », mais d’utiliser les financements européens pour soutenir des projets structurants, créateurs d’activité et d’emplois durables.

Accords commerciaux : des impacts directs dans la Caraïbe

Autre thématique majeure : les accords commerciaux conclus par l’Union européenne, notamment avec le CARIFORUM ou dans le cadre des discussions avec le Mercosur.

Ces accords peuvent ouvrir des opportunités économiques, mais aussi générer des risques pour certaines filières locales sensibles, comme la canne-sucre-rhum ou la production agricole.

La Martinique plaide pour une meilleure prise en compte des spécificités des RUP dans ces négociations, notamment lorsque celles-ci concernent directement leur environnement régional.

Transition énergétique : vers davantage d’autonomie

Enfin, l’émission a mis en lumière les ambitions du territoire en matière de transition énergétique. Fortement dépendante des énergies fossiles et non interconnectée au réseau européen, la Martinique travaille à renforcer son autonomie énergétique à travers le développement :

  • de l’éolien en mer,
  • du photovoltaïque,
  • de la géothermie,
  • et des solutions de stockage.

L’Union européenne représente à ce titre un levier financier et réglementaire essentiel pour accompagner ces projets structurants.

Une relation à renforcer avec les citoyens

Au-delà des enjeux budgétaires et techniques, l’émission a également rappelé l’importance de rapprocher les institutions européennes des citoyens martiniquais.

Si l’Union européenne joue un rôle déterminant dans le financement de nombreux projets locaux, son fonctionnement reste souvent perçu comme lointain ou abstrait.

L’un des défis à venir consiste donc à renforcer la compréhension et l’appropriation des politiques européennes par les acteurs du territoire.

Réécouter l’émission

Vous pouvez réécouter cet épisode de Moun ki fè l’Ewop sur notre chaîne YouTube : https://youtu.be/AeYNk5bYU70