En Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, les besoins énergétiques reposent encore largement sur des ressources importées. Cette dépendance expose les territoires aux fluctuations des marchés internationaux. Des solutions locales se développent pourtant, avec le soutien de l’Union européenne : des toitures solaires aux installations destinées aux familles isolées, elles dessinent une transition aux effets concrets.
Le soleil, le vent, l’eau ou la chaleur du sous-sol offrent des possibilités de production énergétique différentes selon les territoires. Malgré ces ressources, les importations restent indispensables pour les déplacements, le fonctionnement des entreprises et l’alimentation des logements.
En Martinique, la dépendance aux énergies importées atteignait 91,6 % en 2023. En Guadeloupe, elle s’établissait à 84 % en 2025. Ces chiffres portent sur des années différentes, mais montrent le poids des approvisionnements extérieurs.
En Martinique et en Guadeloupe, l’insularité et l’éloignement de la France continentale renforcent les contraintes. Les combustibles importés doivent être acheminés par mer, tandis que les réseaux électriques ne sont reliés ni à celui de l’Hexagone ni à ceux des territoires voisins. Chaque île doit donc assurer sa propre production d’électricité, sans pouvoir faire appel à ces réseaux lorsqu’une installation devient indisponible.
Bien que continentale, la Guyane connaît également cet éloignement et l’absence de connexion électrique avec l’Hexagone ou les pays voisins. Les distances et les difficultés d’accès à certaines communes de l’intérieur compliquent encore l’approvisionnement. Ces particularités font de l’énergie un enjeu de sécurité autant qu’une question de coût : une alimentation fiable est indispensable pour conserver les aliments, faire fonctionner les commerces et assurer les services essentiels.
Une dépendance qui touche la vie de tous les jours
Une hausse des prix des ressources énergétiques sur les marchés internationaux peut alourdir leur coût d’achat pour les territoires importateurs. Les entreprises comme les habitants sont concernés, notamment à travers les carburants et le transport des marchandises.
Pour une personne qui utilise quotidiennement sa voiture pour rejoindre son travail, réduire cette dépense peut être difficile. Pour un commerce, transporter ses produits et faire fonctionner ses équipements représente également un coût. L’énergie intervient ainsi à plusieurs étapes de l’économie locale.
Cette vulnérabilité participe au problème de la vie chère, sans l’expliquer à elle seule. Les coûts logistiques, l’organisation des marchés et d’autres facteurs entrent aussi en jeu.
Concernant l’électricité, un mécanisme de solidarité nationale protège les consommateurs : la péréquation tarifaire permet aux usagers bénéficiant des tarifs réglementés de ne pas supporter intégralement les coûts de production plus élevés de leur territoire. Ces surcoûts restent néanmoins financés collectivement.
Développer les ressources locales peut donc contribuer à réduire l’exposition aux approvisionnements extérieurs. Cela ne garantit pas automatiquement une baisse des factures : les installations, leur entretien et l’adaptation des réseaux nécessitent également des investissements.
Produire ici : de quoi parle-t-on exactement ?
L’électricité constitue une partie de l’énergie consommée. Les carburants utilisés par les voitures, les bateaux et les avions comptent également dans le bilan. Le développement du solaire peut transformer l’alimentation d’un bâtiment, mais il ne suffit pas, à lui seul, à réduire l’ensemble de la dépendance énergétique.
Les solutions ne se limitent toutefois pas au soleil. En Guadeloupe, la centrale de Bouillante utilise la chaleur du sous-sol pour produire de l’électricité grâce à la géothermie. En Guyane, l’eau joue un rôle majeur avec le barrage de Petit-Saut. L’éolien et la valorisation de matières organiques locales, comme la bagasse issue de la canne à sucre, complètent les possibilités de production. Ces ressources présentent des caractéristiques différentes : le solaire et l’éolien varient avec la météo, tandis que la géothermie peut fournir une production continue.
Une distinction reste essentielle : une énergie renouvelable n’est pas nécessairement locale. Une centrale alimentée par de la biomasse importée produit sur le territoire tout en restant dépendante d’un approvisionnement extérieur.
Les ressources locales ont aussi leurs contraintes. En Guyane, la production du barrage de Petit-Saut varie avec les conditions hydrologiques. L’hydroélectricité représentait 29 % de la production électrique en 2024, contre 54 % en 2023. Au total, les renouvelables fournissaient 44 % de l’électricité guyanaise en 2024.
Diversifier la production permet donc de mobiliser plusieurs ressources, tout en recherchant une alimentation fiable. Les projets locaux traduisent cette ambition à partir de besoins précis : ceux d’un bâtiment, d’une activité économique ou de familles éloignées des réseaux.
Des projets locaux, avec le soutien de l’Europe
L’Union européenne accompagne cette transition notamment à travers le Fonds européen de développement régional, le FEDER. Son aide contribue à financer les équipements nécessaires à la production locale : panneaux solaires, installations électriques et aménagements associés.
Trois projets illustrent la manière dont ce soutien se traduit en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane.
En Martinique, le soleil sur le toit d’un cinéma
À Rivière-Salée, le projet des Toiles du Sud, soutenu par le FEDER, prévoit une centrale photovoltaïque sur le complexe cinématographique. L’installation comprend près de 900 panneaux solaires, pour une production annuelle prévue de 600 MWh.
Elle est destinée à l’autoconsommation : l’électricité solaire est utilisée directement sur place pour couvrir une partie des besoins du bâtiment. La toiture devient ainsi un espace de production, à proximité immédiate des équipements à alimenter.
Le soutien européen accompagne cet investissement dans une activité du quotidien, en associant un équipement culturel à la production d’énergie renouvelable.
En Guadeloupe, des magasins qui utilisent leurs toitures
Cette approche se retrouve aux Abymes et à Baie-Mahault. Un projet de cinq centrales photovoltaïques concerne notamment la galerie Destreland, Carrefour Grand Camp et Mr Bricolage Abymes.
Plus de 14 300 m² de panneaux solaires ont été installés. Les centrales permettent de couvrir environ un tiers de la consommation des magasins concernés, selon la présentation officielle du projet.
Pour ce projet de cinq centrales photovoltaïques, le FEDER a apporté près de 2,4 millions d’euros, sur un investissement total d’environ 5,4 millions d’euros, au titre de la programmation 2014–2020. L’Union européenne finance ainsi une part importante des installations qui permettent aux commerces de produire une partie de l’électricité qu’ils utilisent.
En Guyane, l’électricité pour les familles isolées
Dans les sites isolés, la production solaire répond également à un enjeu d’accès à l’électricité.
Avec le programme MAPOCK 2, l’association Kwala Faya propose des installations photovoltaïques autonomes réalisées en autoconstruction, accompagnées de formations. Le projet vise à équiper 100 familles, dont 20 bénéficieraient également d’un équipement permettant de conserver les aliments au froid.
Le programme bénéficie d’un soutien européen de près de 470 000 euros, pour un coût total d’environ 668 000 euros.
L’initiative associe ainsi production locale, participation des habitants et réponse à des besoins essentiels. Pour les usages couverts, elle vise à offrir une solution indépendante de l’approvisionnement en carburant fossile. La formation fait partie de cette démarche, en accompagnant les familles dans la réalisation des installations.
Comment aller plus loin ?
Ces initiatives apportent des réponses à l’échelle d’un bâtiment ou d’un groupe de familles. Réduire la dépendance d’un territoire demande aussi d’adapter les réseaux, de développer le stockage et de maîtriser les consommations. Les batteries permettent notamment de décaler l’utilisation d’une partie de l’électricité solaire vers les heures où les panneaux ne produisent plus.
La transition concerne donc autant la production que les logements, les équipements et les déplacements. Ses bénéfices dépendront également de la capacité des ménages à accéder à ces solutions, notamment lorsque leur adoption nécessite un investissement initial.
La loi de transition énergétique de 2015 a fixé un objectif d’autonomie énergétique des départements d’outre-mer à l’horizon 2030. Dans son avis de mars 2024, le Conseil économique, social et environnemental estimait cependant cet objectif difficile à atteindre selon les territoires. Il recommandait des trajectoires adaptées aux réalités locales, une participation des habitants et un meilleur accompagnement des ménages modestes.
Des perspectives existent. Une étude présentée par l’ADEME en 2026 décrit, pour la Guadeloupe, un scénario permettant d’atteindre 100 % d’électricité renouvelable et environ 87 % d’autonomie électrique en 2050. Dans ce scénario, 87 % de l’électricité serait produite à partir de ressources renouvelables locales. Cette possibilité reste conditionnée aux investissements et aux décisions à venir.
Les financements européens contribuent à concrétiser cette évolution, aux côtés des acteurs locaux et des autres partenaires publics. L’enjeu est désormais d’élargir les initiatives tout en assurant un accès fiable et accessible à l’énergie. Du toit d’un cinéma à la conservation des aliments dans un village isolé, la production locale prend déjà des formes concrètes. Son développement peut progressivement renforcer la maîtrise de l’approvisionnement énergétique des territoires.
